Carré Hermès signé Kermit Oliver : le Texas, les mythes et l’Amérique sur soie
Parmi les artistes ayant dessiné pour Hermès, Kermit Oliver occupe une place à part.
Sa collaboration avec Hermès débute dans les années 1980 et donnera naissance à une série de carrés aujourd'hui particulièrement appréciée des collectionneurs. Il est d'ailleurs le seul artiste américain à avoir créé des carrés pour la maison.
Du célèbre Pani La Shar Pawnee à Faune et Flore du Texas , en passant par Les Amériques ou The Pony Express, découvrir un carré Hermès signé Kermit Oliver, c'est entrer dans un univers immédiatement reconnaissable, où chaque animal, personnage ou symbole semble avoir une place précise dans l'histoire racontée.
Qui est Kermit Oliver ?
Kermit Oliver naît en 1943 à Refugio, au Texas.
Il étudie l'art à la Texas Southern University et obtient son diplôme en 1967. Il y est notamment formé auprès de John T. Biggers, peintre et professeur particulièrement important dans l'histoire de l'art afro-américain au Texas.
Son travail artistique se développe rapidement. Dès la fin des années 1960 et le début des années 1970, il expose à Houston et commence à se faire connaître dans le milieu artistique local.
Son œuvre personnelle puise dans des univers très variés : nature texane, histoire américaine, mythologie, religion, récits symboliques et représentations animales. Tous ces thèmes se retrouveront progressivement dans ses carrés.
Comment Kermit Oliver rencontre-t-il Hermès ?
La rencontre entre Kermit Oliver et Hermès passe par une personnalité importante de l'histoire du luxe américain : Lawrence Marcus, membre de la famille fondatrice du grand magasin Neiman Marcus.
Au début des années 1980, Lawrence Marcus découvre le travail de Kermit Oliver dans une galerie de Houston. Hermès cherche alors un artiste capable d'imaginer un dessin autour de l'Ouest américain. Marcus recommande Kermit Oliver à Jean-Louis Dumas, qui dirige alors Hermès. Cette rencontre va donner naissance à une collaboration particulièrement singulière.
Selon le Bryan Museum au Texas, Kermit Oliver a réalisé 17 dessins pour Hermès entre 1984 et 2004 , principalement autour de trois grands univers : les peuples amérindiens, le Texas et l'Ouest américain.
Le Texas, les peuples amérindiens et l'Ouest américain comme fils conducteurs
Si les 17 dessins réalisés par Kermit Oliver pour Hermès ne racontent pas tous la même histoire, plusieurs thèmes reviennent régulièrement.
Le premier est évidemment le Texas . La faune, les grands espaces, les chevaux et les références à la culture de cet État occupent une place importante dans son travail.
La seconde concerne l'histoire et les représentations des peuples amérindiens.
Enfin, l'histoire de l'Ouest américain nourrit également plusieurs compositions. Ces motifs permettent de distinguer immédiatement son univers de celui d'autres grands dessinateurs Hermès.
Pani La Shar Pawnee : le premier carré Hermès de Kermit Oliver
En 1984 apparaît Pani La Shar Pawnee , le premier dessin créé par Kermit Oliver pour Hermès.
Au centre du carré se trouve un chef Pawnee assis, entouré d'une composition dans laquelle les chevaux occupent une place importante.
À sa sortie, la collaboration est suffisamment inhabituelle pour être remarquée par la presse américaine. Kermit Oliver devient alors le premier artiste américain à créer un dessin de carré pour Hermès. Ce premier modèle pose également les bases d'une relation qui va durer plusieurs décennies.
Aujourd'hui, Pani La Shar Pawnee reste l'un des dessins les plus associés au nom de Kermit Oliver et a connu de nouvelles interprétations au fil du temps.
Faune et Flore du Texas : célébrer la nature américaine
Quelques années après Pani La Shar Pawnee, Kermit Oliver signe l'un de ses carrés les plus reconnaissables : Faune et Flore du Texas .
Le dessin est une véritable célébration de la biodiversité texane : une grande dinde sauvage occupe le centre de la composition, autour d'elle apparaît cactus, oiseaux, fleurs et différents animaux : tatou, lièvre, ours ou encore félin. Les bordures prolongent cet inventaire naturel avec notamment un puma, un cheval, un bovin Longhorn et un coyote.
Malgré cette accumulation de détails, le dessin reste extrêmement organisé. C'est l'une des particularités du travail de Kermit Oliver : ses carrés sont foisonnants sans paraître désordonnés. La nature y devient une véritable architecture graphique.
Faune et Flore du Texas illustrent aussi parfaitement la manière dont l'artiste transforme son territoire d'origine en sujet digne d'un carré Hermès.
Les Amériques : quand le carré devient récit historique
Avec Les Amériques , édité en 1992, Kermit Oliver quitte en partie le seul territoire texan pour aborder une histoire beaucoup plus vaste.
Le dessin est créé au moment du cinq-centième anniversaire du voyage de Christophe Colomb vers le continent américain. La composition met en regard l'ancien et le nouveau monde à travers une accumulation de personnages, de symboles et de références historiques.
Le carré fonctionne presque comme une fresque que l'on peut observer longuement et dans laquelle de nouveaux éléments apparaissent à mesure que l'on regarde le dessin. Porté autour du cou, le carré devient un jeu de couleurs et de détails. Déplié, il révèle toute la construction imaginée par l'artiste.
The Pony Express : l'histoire américaine sur un carré de soie
Le modèle The Pony Express appartient également à ce travail autour de l'histoire de l'Ouest.
Le service du Pony Express, devenu l'un des symboles de la conquête et des communications dans l'Ouest américain au XIXe siècle, correspond parfaitement à l'univers de Kermit Oliver.
Chevaux, mouvement et récit historique trouvent naturellement leur place dans son vocabulaire graphique.
Le modèle apparaît régulièrement dans les ventes spécialisées consacrées aux carrés Hermès et fait partie des dessins permettant de comprendre la diversité des sujets développés par l'artiste au cours de sa collaboration avec la maison.
Un style très différent des autres dessinateurs Hermès
Avec le temps, il devient assez facile de reconnaître certaines caractéristiques d'un carré Hermès signé Kermit Oliver.
Là où Robert Dallet développe principalement un regard de peintre animalier et Philippe Ledoux s'intéresse volontiers à l'histoire européenne et au monde équestre, Kermit Oliver apporte à Hermès un imaginaire profondément américain.
Ses dessins présentent souvent une composition narrative très dense, de nombreuses représentations animales, des personnages historiques ou symboliques, des références au Texas et à l'Ouest américain, une grande attention portée aux bordures, une organisation très construite malgré l'abondance des détails.
Mais il serait réducteur de considérer son travail uniquement comme une illustration de l'Amérique. Ses compositions sont également marquées par ses recherches autour de la mythologie, de la théologie et de l'histoire. C'est cette combinaison qui donne aux carrés Kermit Oliver une identité particulièrement personnelle.
Pourquoi les carrés Kermit Oliver sont-ils recherchés des collectionneurs ?
Plusieurs éléments contribuent aujourd'hui à l'intérêt porté à ces modèles.
Il ya d'abord le nombre relativement limité de dessins créés pour Hermès au cours de sa collaboration historique. Dix-sept créations constituant un ensemble suffisamment important pour permettre de construire une véritable collection, mais assez restreinte pour conserver une certaine cohérence.
Il y a ensuite la personnalité de l'artiste : Kermit Oliver possède une œuvre qui existe bien au-delà d'Hermès. Ses carrés constituent donc la rencontre entre une véritable démarche artistique et le savoir-faire de la maison française.
Enfin, certains modèles possèdent une identité graphique très forte et sont devenus particulièrement identifiables auprès des amateurs de foulards Hermès. Cela ne signifie pas pour autant que tous les Kermit Oliver possèdent la même rareté ou la même valeur.
Comme toujours dans le vintage, le modèle, l'édition, le coloris, l'état et la demande jouent un rôle essentiel.
Comment identifier un carré Hermès signé Kermit Oliver ?
La signature du dessinateur est naturellement un premier élément à rechercher dans le dessin.
Sur un carré ancien, il faut néanmoins toujours regarder la pièce dans son ensemble et ne jamais utiliser la seule présence d'un nom comme preuve d'authenticité.
Le titre du modèle, la composition, les inscriptions Hermès, le roulotté, l'étiquette et la cohérence avec une édition documentée doivent être étudiés ensemble. Certains dessins ont également connu plusieurs éditions ou réinterprétations.
Il faut donc distinguer l'année de création du motif de l'année de fabrication de l'exemplaire que l'on a entre les mains. Nous développons précisément ces différents éléments dans notre guide consacré à l'authentification des foulards Hermès.
Notre regard sur les carrés Hermès de Kermit Oliver
Parmi les dessinateurs Hermès, Kermit Oliver fait partie de ceux dont les créations sont immédiatement reconnaissables une fois que l'on connaît leur univers.
Ce qui nous intéresse particulièrement dans ses carrés vintage est leur richesse narrative. Ils ne se résument pas à un beau motif. Chaque dessin possède un sujet précis, une construction et de nombreux détails qui permettent de le redécouvrir à chaque observation.
C'est également ce qui rend leur sourcing intéressant. Lorsque nous rencontrons un carré Kermit Oliver, nous cherchons à identifier précisément le modèle, son édition, son état mais aussi l'histoire représentée.
Car comprendre qui a dessiné un carré Hermès et pourquoi permet souvent de regarder la pièce très différemment.